Serban
Axinte est né en 1976 à Iasi, en Roumanie.
Après de brillantes études de
Lettres, il est devenu chercheur à l’Institut de Philologie roumaine A.
Philippide de la ville de Iasi et rédacteur de la publication académique
Philologica Jassyensia.
Serban Axinte a publié jusqu’à présent
trois recueils de poèmes : L’état de la balance, Les Seuils Apeiron
et Le Monde t’a réussi comme tu le voulais.
traduction
Serban
Axinte
(Roumanie)
la rocade
à travers toi sont passées les vapeurs
noires,
l’air qui reste te suffira encore une heure seulement,
ne bouge
pas, respire comme pendant le sommeil ;
pour toi je creuserai la terre
et
le couvercle de bois :
je devrais réciter maintenant les pages apprises
par coeur,
je n’ai pas du tout vieilli, je n’ai pas toute la vie devant
moi,
tout dépend de moi ;
ma mémoire peut la sauver,
dès que je les
prononcerai clairement et dans leur ordre habituel,
ces paroles
maudites
la sortiront d’entre les planches.
mais quelqu’un doit y
rester
et y pourrir gracieusement.
toutes les choses arrivent à
ma guise
des vapeurs noires sont passées à travers toi,
quelqu’un
a siroté ta chair par-dessous tes vêtements,
il n’y reste que la poussière
sur la planche noueuse
et froide
comme un mannequin.
maintenant nous
parlons de choses et d’autres,
nous ne savons pas de quoi ;
je casse mon
bras puisque je ne peux te toucher,
je sais moi qui fait le pas en
arrière,
qui dans les bras de qui s’endort.
cette histoire avec
l’île
finit bien si tu la lis en sautant certains passages.
aussi
commencé-je un nouveau voyage,
cela me servira peut-être à quelque
chose,
je prends ma montre,
je prends des chaussures à
volonté,
j’arbore à ma veste les décorations de guerre de mon
grand-père,
je m’arme de patience,
je me souviens de quelques parents
enterrés dans le nouveau cimetière
et je m’en vais.
chemin faisant,
j’observe que sans aucune raison je perds
mon équilibre,
je m’émerveille
devant la perfection de la nature
et je me fais des clins d’oeil à moi-même
;
toutes ces choses arrivent pourtant à ma guise,
je ris à en mourir
;
il arrive vraiment quelque chose, je peux diriger les objets
qui
m’entourent ;
je m’assieds sur une bûche et je lis
la notice d’un nouveau
médicament produit par l’Étoile Divine
à travers toi sont passées les
vapeurs noires, mais tu n’as pas eu peur,
tu as donc dit : ma chair est ta
chair,
mais, souviens-toi, ceci est notre grand secret,
fais attention à
n’en dire mot.
je m’assieds dans l’herbe ;
je constate à nouveau que la
nature est parfaite ;
je fais mon autocritique.
un corps bien
conservé
j’écris sur Dieu,
j’arrache la page,
je la mâche
lentement, lentement
au dîner ;
demain je visiterai
le musée d’histoire
naturelle.
pour te voir
porter fièrement
ton corps bien
conservé
dans ma salive.
· poèmes tirés de
l'Anthologie de la poésie roumaine contemporaine,
choix et
traductions par Linda Maria Baros in Confluences poétiques (140 p.),
Paris, France, 2008
traduction © Linda Maria
Baros
biobibliographie © Linda Maria Baros


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