Robert Serban, né a Turnu Severin en 1970, est écrivain,
journaliste et directeur des éditions Brumar. Il a publié quatre recueils de
poemes - J’exagere, c’est sur (1994), Odyssex (1996), Timisoara
avec trois amis (2003), Cinéma a la maison (2006) -, un recueil de
prose, deux ouvrages d’entretiens et un livre qui réunit ses articles parus dans
la presse roumaine. Il est également le coauteur d’une piece de théâtre, d’un
ouvrage de mémoires et d’un recueil bilingue roumain-allemand qui entremele
poésie et prose. Ses poemes sont aussi présents dans plusieurs anthologies
parues en Roumanie ou a l’étranger.
Robert Serban s’est vu décerner de
nombreuses distinctions littéraires, dont les plus réputées seraient le Prix
de Poésie de l’Union des Écrivains de Roumanie (1994) et de la Filiale de
Timisoara de l’Union des Écrivains de Roumanie (1999, 2005, 2007), le Prix
d’Excellence Culturelle de la Filiale de Timisoara de l’Union des Écrivains
de Roumanie (2000) et le Prix d’Excellence Culturelle de la ville de
Timisoara (2004).
En 2004, Robert Serban a reçu l’Ordre du Mérite
Culturel.

traduction
Robert
Serban
Le voyage
si je conduisais sans cesse
ces 800
kilomètres qui s’étendent entre nous
comme une file de vieillards étirés par
la faim
j’y serais en douze heures
rouler à vive allure
sans grêle
ni filtres policiers
sans pannes ni radars ni glissements de terrain
je mangerais bien quelques sandwichs
je boirais quelquefois dans la
bouteille de deux litres
et je prendrais une gorgée de café dans
la petite bouteille
j’essuierais mon visage avec la
serviette jaune
reçue lors d’un mariage
je me connais bien
acharné, j’appuierais sur l’accélérateur
pour gagner quelques secondes à chaque
kilomètre
car dans un pays comme le nôtre
cette distance est l’équateur
même
c’est bien qu’ils aient commencé à couper les arbres
aux bords
des routes
- il y a trop de voitures-harmonicas qui murmurent
dans l’oreille des morts
allongés à l’ombre
des mûriers
à gauche une étendue déserte
à droite une étendue
déserte
à l’arrière - la vitre sale que je n’essuierais pas
pour regarder
derrière moi
je conduirais la nuit
et j’entrerais en compétition avec
le soleil
lequel d’entre nous arrivera le premier
à Deva Sibiu Brasov ou
Sfântu Gheorghe ?
ses rayons seront-ils les premiers à se faufiler
parmi
les persiennes dans ta chambre à coucher
ou bien mes pleins phares
qui
projettent la lumière à des centaines de mètres ?
combien de signes se
montreront au bord
de la route
combien
d’animaux couperont mon chemin
combien de phares s’éteindront sous mes yeux
comme les cigarettes dans les petites assiettes
c’est avec mes doigts
que j’attraperai l’extrémité d’une veine
et je tirerai sur elle sans
arrêt
douze heures après
la ligne rouge de 800 kilomètres
qui sortira
de moi
tombera éreintée au chevet du lit
dans lequel tu dors


Il m’arrive de mentir
je n’ai jamais changé
d’adresse
celui qui m’a cherché m’a toujours trouvé ici
même s’il a dû
attendre quelques heures
je sors parfois
pour voir si les gens
déménagent
ou restent sur place
pour voir si les chemins qui les
relient
ont ou non d’autres signes
je ne m’absente pas
longtemps
parce que je ne vais pas loin
et de toute manière
je dis
toujours où je vais
on me l’a appris quand j’étais enfant
dire tout et la
vérité jusqu’au bout
il m’arrive de mentir
je ne suis jamais allé
jusqu’au bout
puisque personne n’a su me montrer le chemin
ou me donner
tout au moins une adresse
· poèmes tirés du dossier de poésie roumaine (16 p.) traduit par
Linda Maria Baros pour la revue Cultures d’Europe Centrale (publication
scientifique de l’Université de Paris-Sorbonne, Paris IV), hors série
n° 4 -
Le Banat : un Eldorado aux confins (Roumanie, Serbie, Hongrie), France,
2007
traduction © Linda Maria Baros
biobibliographie © Linda Maria Baros

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