billets écrits par un suicidaire
                                         à Dan Coman

Mon cher ami,
Maman m’a acheté une chemise marron. J’exccre cette couleur. Je ne peux pas la refuser.
Détruis le billet !

Mon cher ami,
Je n’ai aucune raison valable. Pourtant, j’y ai beaucoup pensé. Je dois le faire. Je te prie de détruire ce billet, je ne veux pas qu’il y ait quelqu’un qui apprenne la vraie raison. Adieu !

Mon cher ami,
Je ne me permets pas d’acheter un révolver ; j’utiliserai du coup un crayon à papier tout neuf. Je crois qu’il est suffisamment long pour atteindre le cœur. Avec mes respects, ton ami loyal.

Je n’ai pas d’argent pour le coiffeur… adieu mon ami !

Mon cher ami,
Maman m’a surpris en train de me masturber. Elle m’a dit qu’elle en parlerait à mon père. Je ne peux plus le regarder dans les yeux. Détruis le billet !

Mon cher ami,
Crois-moi, il est si ennuyeux d’avoir de bonnes manicres !
Détruis le billet !

Mon cher ami,
Sache que ma grand-mère m’a embrassé sur la bouche. C’en est trop pour moi.
Adieu !

Mon cher ami,
Je me suis rasé et, par mégarde, j’ai écorché mon grain de beauté. Ma petite amie ne veut plus entendre parler de moi.
Adieu !

Mon cher ami,
Les inondations ont détruit notre petite maison. Le gouvernement en a construit une autre plus confortable. Malheureusement, je n’arrive plus à trouver la tranquillité dans cette nouvelle maison, je n’arrive pas à dormir. Déchire le billet !

Mon cher ami,
J’ai essayé de me suicider. C’est vraiment hilarant, j’ai meme éclaté de rire. C’est tellement simple. Je te prie d’essayer, toi aussi. Tu ne le regretteras pas. Lis attentivement et suis les instructions.
.

derricre le parking

.le matin, quand les objets deviennent intimes les uns avec les autres
quand tu réécris les memes conséquences de l’imagination
ne quitte jamais ce matin
réécris absolument tout
touche-toi et doute de ta propre chair
cette insignifiance grandiose
il faudrait
OUI !
il faudrait
ouvrir le calepin
griffonner tous les sentiments des touristes ordinaires
me promettre r moi-meme que je ne prendrai plus jamais en photo
des petits vieux dans le marché aux poissons

à peu près chaste
jamais ordinaire
jamais grave.


· voir aussi les pocmes publiés dans le Dossier de poésie - Onze poètes roumains contemporaines (30 p.), traduit par Linda Maria Baros,
in Langage et créativité, Canada, 2008

· voir aussi le pocme publié en espagnol dans le dossier Treize poètes roumains contemporaines (26 p.), traduit par Linda Maria Baros et Isabel Miguel, in Alora, la bien cercada n° 23, Espagne, 2006

· voir aussi Dossier de poésie roumaine (5 poètes) traduit par Linda Maria Baros, in Formafluens, nº 4, Italie, 2009


traduction © Linda Maria Baros
biobibliographie © Linda Maria Baros
V. Leac
V. Leac est né en 1973 à Nasaud, en Roumanie.

Il a publié trois recueils de pocmes : les apocryphes de gengis khan, la serre d’hicbles - Prix de l’Union des Écrivains de Roumanie, la filiale d’Arad en 2003, seymour : sonate pour un cornet de papier et Dictionnaire des reves -Prix Euridice en 2006. Ses textes sont parus dans la plupart des revues roumaines.
V. Leac fait partie des membres fondateurs du groupe littéraire Le Célcbre animal et de la revue Comme si.

Depuis 2004, V. Leac n’exerce plus son métier d’avocat. Désormais, il ne se consacre qu’à la littérature.

(Roumanie)
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