linda maria baros

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Sur la colline jaune d’en face
j’ai vu (tu me les montrais clairement du doigt)
deux chevaux s’embrasser. Monsieur Ludwig
(on aurait dit un enfant qui soudain grisonnait)
est allé jeudi se faire couper les cheveux en ville,
plus tard, dans une auberge, il racontait cette histoire,
fiévreux parmi quelques verres.
Nous rentrions à travers la boulaie tremblotante
en automne. Les traces d’une charogne
dans un stop cadre (les sapins le lac le chemin).
Nous montions, fraîchement fatigués, les marches en bois
sentant la framboise écrasée par les seins.
Monsieur Ludwig nous assurait parmi deux dents
(on aurait dit un arlequin dans la lumière tamisée de sa chambre
de vieux garçon) que nous l’y trouverons
à toute heure l’hiver comme l’été.
Nous sortions en douce nous le laissions seul bredouillant

la tête contre la table en train de rêver
de cette chose
.
Eugen Bunaru

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(Roumanie)
À la fois


Un hélicoptère volait avec insistance
au-dessus de l’enterrement
et le vrombissement ubiquiste du moteur

engloutissait la litanie
et de la bouche du prêtre
sortaient des vapeurs d’alcool qui projetaient
leur solitude dans la lumière de l’après-midi
et une odeur lourde d’encens
enveloppait à la fois le visage cireux du mort
et les visages défaits (par un bonheur caché)
de ceux qui attendaient avec hâte la fin de cette affaire



· poèmes tirés du dossier de poésie roumaine
(16 p.) traduit par Linda Maria Baros pour la revue Cultures d’Europe Centrale (publication scientifique de l’Université de Paris-Sorbonne, Paris IV), hors série n° 4 - Le Banat : un Eldorado aux confins (Roumanie, Serbie, Hongrie), France, 2007

traduction © Linda Maria Baros